Crowdfunding et développement territorial… on s’y met ?

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Article de Marc FRACHET,  membre de la commission « Partenaires Territoriaux » de FPF
Formateur, coach et conseil en financement participatif (Mister Crowdfunding) avec une expérience de développeur économique

La promesse est belle, mais comment lui donner vie ? Comment intégrer le financement participatif dans le développement d’un territoire ? Et si tel est le cas, cela doit-il rester au niveau des acteurs du développement économique comme un outil de financement des entreprises, ou peut-on aller plus loin et l’inscrire profondément comme un axe stratégique du développement local ?
Assurément, la réponse est oui, et l’on pourrait même imaginer que les collectivités prennent quelques mesures simples pour favoriser le développement de cette nouvelle filière de financement qui pourrait venir renforcer leur propre action.
 

Elu-e-s, responsables locaux associatifs et institutionnels… appropriez-vous le crowdfunding

Bien au-delà d’un effet de mode, les 2ndes assises du crowdfunding à Bercy le 11 décembre dernier ont clairement démontré que le financement participatif est en train d’innerver progressivement l’éco-système français : les réseaux d’aide et de prêts à la création et au développement d’entreprises (BGE, CCI, France Active, Initiative France, Réseau Entreprendre, la Banque Publique d’Investissement), les acteurs privés (banques, Business Angels, investisseurs, conseillers financiers, épargnants ‘lambda’…), bref, tout le monde s’y met ! Ou presque… Car force est de constater que cet engouement général est encore trop peu partagé par les collectivités territoriales qui pourraient pourtant y trouver une solution efficace de renforcement de leurs politiques. L’Action Publique est généralement mobilisatrice car ses valeurs le sont. Et les valeurs sont la 1ère motivation des personnes soutenant une campagne de crowdfunding.

De plus, l’action des collectivités est souvent prolongée par un tissu éco-associatif qui a aujourd’hui grandement besoin de diversifier ses sources de financements, et de monter en compétences pour faire face à ses difficultés.

Il est bien connu que « Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson. » (Confucius), alors voyons dès-lors dans le financement participatif une magnifique opportunité pour ces acteurs locaux de mener une réflexion stratégique pour adapter quand cela est possible certaines de leurs actions courantes en mode projets, présentables et valorisables de sorte à mobiliser un public plus large, et permettre ainsi aux citoyens de donner du sens à leur argent en les soutenant.

Quelques pistes pourraient être suivies afin de donner du corps à cette démarche.

Poursuivre l’acculturation et (in)former le plus largement possible

C’est là l’un des points clés car il faut bien évidemment commencer par appréhender pleinement ce qu’est le crowdfunding, de manière claire, précise, large et objective, de sorte à bien comprendre quelles en sont les formes, pour quels types de projets, comment mettre en place une campagne, avec qui ?… Autrement dit faire face à tout type de situation, et pas seulement celles propres à la spécialité d’une plateforme qui pratiquerait le don, le prêt, le capital ou mixerait ces modèles. Chacun-e pourra ainsi réfléchir localement à l’application possible à son domaine d’activité en fonction de ses objectifs financiers et/ou de communication.

Par ailleurs, si le projet doit être potentiellement mobilisateur, rappelons que réussir une campagne de crowdfunding nécessite beaucoup de préparation et de travail de mise en œuvre. D’autant plus en « dons contre contreparties non financières » où le porteur de projet doit créer entièrement sa propre communauté. Ce qui peut, et doit, être l’occasion de capitaliser sur ses contacts, réseaux, parties-prenantes… en se mettant en situation de proactivité et de communication ; 100% de ceux qui ont réussi une campagne étaient motivés !

Il est donc certainement fondamental de (in)former les dirigeants et personnels locaux : élus, institutionnels, associatifs, chefs d’entreprises, porteurs de projets… mais aussi étudiants et personnels enseignants du collège à l’université, car le financement participatif peut être une démarche d’intérêt général, vertueuse et professionnalisante pour ceux qui l’expérimentent.

Se donner les moyens de soutenir des projets répondant à des critères d’intérêt général pour la collectivité

Il serait pertinent qu’un territoire puisse donner l’exemple en soutenant des projets. Cela pourrait permettre de flécher une modeste partie de financements publics dans des initiatives à dimension solidaire, territoriale ou d’innovation sociale qui serait un signal fort pour les projets et les citoyens. Mais cela impliquerait que les collectivités s’organisent dans leur fonctionnement pour être réactives, car si les dossiers à préparer par les techniciens pour le vote des élu-e-s en Commissions ou Assemblées doivent être bouclés à J-45 ou J-60 de la décision d’engagement (hors délais de paiement), la campagne sera probablement terminée… Pour mémoire, la durée moyenne de collecte en dons contre contreparties non financières est de l’ordre de 45 jours sur un site comme Ulule.

On pourrait par exemple imaginer qu’une enveloppe globale soit votée par l’Assemblée des élu-e-s d’une collectivité, leur permettant individuellement d’engager des sommes limitées (quelques centaines d’Euros maximum par projet ?), fléchées selon des critères répondant à leur délégation, et avec un contrôle a posteriori par leurs pairs. Ainsi, dans chaque secteur de l’économie territoriale (santé, culture, insertion, éducation, handicap, tourisme…), les collectivités pourraient soutenir des initiatives locales de façon dynamique et permettre aux citoyens désireux de soutenir eux-aussi l’économie, d’identifier des démarches d’intérêt général. Cette forme de reconnaissance publique conférerait de plus au projet une légitimité plus importante dans sa Quête ; une sorte de ‘labellisation positive’ dont il pourrait être fait écho sur les supports de communication de la collectivité.

Expérimenter en concertation avec les acteurs locaux

Quelques expériences locales se développent depuis près de deux ans en France (voir à ce sujet l’article d’André Jaunay dans la news-letter #3 de FPF), surtout en Province. Or, si l’action publique s’inscrit souvent sur le long terme et peut mettre un certain temps à se mettre en place, dans le domaine du crowdfunding comme dans celui des TIC, les choses vont très vite. Il serait donc souhaitable d’accélérer le mouvement de sorte à bien innerver les éco-systèmes locaux avec le crowdfunding, sachant que selon les affinités, la masse critique possible, la capacité à travailler ensemble… les expérimentations peuvent revêtir des formes différentes et plusieurs modèles émergeront certainement à court et moyen termes.

Pour ce faire, les développeurs économiques sur les territoires ont un véritable rôle d’évangélisation à jouer à l’interne comme à l’externe, d’autant plus pertinent que leurs métiers se transversalisent, notamment sous le prisme de l’ESS, et que la finance participative est un excellent levier qui intéresse tous les domaines d’activités également. L’enjeu, les développeurs économiques le connaissent : il s’agit de capter et de conserver des richesses pour un territoire. Il leur faut maintenant se former au crowdfunding afin d’en assurer une bonne promotion dans le développement territorial, voire même d’accompagner un porteur de projet pour expérimenter eux-mêmes ? On n’est plus la même personne avant et après une campagne de crowdfunding.

Une ‘convention d’affaires’ et/ou l’organisation d’une étape du tour de France de la Finance Participative telles que les propose l’association FPF peuvent être l’occasion de créer le débat localement et de sensibiliser largement l’éco-système local de manière événementielle.

Tous les indicateurs sont au vert !

Les ‘crowdfunders’ veulent développer une relation de proximité, soit avec la personne qui porte le projet, soit avec son environnement géographique, soit avec son sujet ou son éthique.

Le législateur a fait une grande partie du travail et nous bénéficions en France depuis octobre 2014 d’une législation en pointe qui crée un contexte opportun et sécurisé pour le financement participatif.

C’est donc au niveau local que les responsables doivent maintenant agir. Le financement participatif peut être une des clés de consolidation de leur action, plus transparente, plus ciblée, plus visible, permettant de libérer et de cristalliser des énergies et des moyens localement tout en offrant au Citoyen de (re)donner du sens à son action et à son argent ; et aux porteurs de projets de se renforcer en s’autonomisant.

Le crowdfunding est une filière d’avenir en circuit court pour le financement et le développement de projets qui peut venir renforcer un territoire dans toutes ses dimensions : économique, sociale, solidaire, culturelle, touristique… Les collectivités territoriales ont un rôle à jouer pour la structurer et la développer.

Ainsi, peut-être, arriverons-nous à favoriser un déploiement juste et efficace du financement participatif au sein des territoires. Et peut-être même que demain, ceux-ci seront une grande part de l’avenir du crowdfunding en France.

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