Le 31 janvier dernier avait lieu la présentation du « European Crowdfunding Market Report 2023 », réalisé par le Center for Crowdfunding Research de l’université de Agder’s School of Business and Law, en partenariat avec LenderKit et CrowdSpace. Ce rapport présente les données et tendances relatives au marché du financement participatif à l’échelle européenne. 

Il aborde plusieurs thématiques et est le résultat d’une enquête menée au printemps 2023 auprès de 125 plateformes européennes, dont 14 plateformes françaises (Akuocoop, Anaxago, Clubfunding, Enerfip, Fiatope, Finple, Lendopolis, Lumo, October, Mycrocredit, Monego, Ulule, Wedogood, WiSEED)

En voici quelques tendances générales, avec un focus plus spécifique sur la région de l’Europe de l’Ouest, regroupant une dizaine de pays dont la France, la Belgique, l’Allemagne, les Pays-Bas ainsi que l’Espagne.

Vue d’ensemble du marché au printemps 2023

Au mois de mars 2023, 594 plateformes de crowdfunding opéraient en Europe. En termes absolus, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne sont les pays dans lesquels le plus de plateformes exercent une activité.

À l’échelle européenne, les plateformes de crowdfunding – toutes régions et tous modèles confondus (investissement, prêt, don) – s’accordent pour dire que le niveau de connaissances de l’opinion publique vis-à-vis du secteur est insuffisant.

Afin de créer une vue d’ensemble qui intègre divers indicateurs de l’état du marché et de sa préparation, un nouvel indice a été mis au point : le CMRI (Crowdfunding Market Readiness Index). Il est calculé sur la base du classement relatif des pays par rapport aux indicateurs suivants :

  • Le nombre de plateformes opérant dans le pays par habitant ;
  • Les volumes de financement levés en 2022 par habitant ;
  • Le nombre moyen d’investisseurs sur les plateformes ayant leur siège dans le pays, par habitant ;
  • Le nombre moyen de porteurs de projets sur les plateformes ayant leur siège dans le pays, par habitant ;
  • La part des plateformes d’investissement (capital et prêt) qui sont agréées ;
  • Le degré perçu de connaissances du crowdfunding de la population, tel que rapporté par les plateformes ayant leur siège dans le pays.

Agréments et licences

Les termes d’ « agrément » et de « licence » sont ici employés pour parler des statuts nationaux (en France, le statut d’intermédiaire en financement participatif (IFP) par exemple). Pour parler de l’agrément européen, nous emploierons systématiquement le terme de PSFP (Prestataire de Services de Financement Participatif) ou d’agrément PSFP. 

En Europe, une grande majorité des plateformes d’investissement (81,6 %) et de dette (65,5 %) possèdent un agrément (soit un agrément de l’institution financière nationale traditionnelle ou alors un agrément national créé sur mesure), tandis que seulement 27,6 % des plateformes de don sont régulées. Cette proportion s’explique par la nécessité de prendre en compte les risques associés aux différents modèles.

Les résultats de l’enquête du printemps 2023 indiquent que 48 % des plateformes de financement participatif en investissement n’avaient pas encore demandé l’agrément PSFP, pour 56 % des plateformes de prêt.

Aujourd’hui, très peu de plateformes sont européennes. Sans doute la passeportabilité de l’agrément PSFP changera la donne dans les prochaines années.

 

Les plateformes concernées (prêt et titres financiers) ont été interrogées sur les évolutions nécessaires de l’agrément européen PSFP. La plupart des plateformes sont d’accord avec les modifications potentielles suivantes du PSFP :

  • l’inclusion du crédit à la consommation dans le champ d’application du PSFP (58 %) ;
  • l’augmentation du seuil de 5 millions d’euros pour les offres PSFP (62 %) ;
  • l’augmentation de la limite de 1000 euros pour l’investissement individuel (60 %) ;
  • la mise en œuvre de qualifications en matière de connaissances des investisseurs plutôt que pour la fixation d’un seuil de montant fixe (61 %).

Le plus fort désaccord porte sur l’établissement d’exigences plus strictes concernant la réglementation LCB-FT, avec 31 % des plateformes n’étant pas en accord avec cette possibilité.

Rapport avec la finance traditionnelle

Le rapport a également récolté des informations sur les relations entre les plateformes de financement participatif et les institutions financières traditionnelles (comme les banques par exemple). La collaboration entre ces entités se produit parmi les trois modèles de crowdfunding, bien que les proportions soient différentes : les plateformes basées sur un modèle d’investissement ont largement plus tendance à établir ce type de relation que les plateformes de don. 

Profil des porteurs de projet

Le rapport a identifié plusieurs facteurs d’attractivité des plateformes pour les porteurs de projets : 

  • la détention d’un agrément ;
  • la collaboration avec les institutions financières traditionnelles ;
  • le marché où le public est informé sur le crowdfunding. 

Si les plateformes disposent de ces caractéristiques ou de ces avantages, les porteurs de projets seront naturellement plus disposés à se tourner vers elles. À ce titre, les plateformes sans agrément accompagnent en moyenne 199 porteurs de projets, tandis que les plateformes agréées en déclarent plus de 2 000 en moyenne. 

Concernant le profil des porteurs de projet, les jeunes semblent plus susceptibles de s’engager dans une collecte de fonds en employant des services autres que l’investissement ou le prêt. À l’inverse, les personnes plus âgées apparaissent comme des porteurs de projets levant des fonds en actions. En effet, en Europe de l’Ouest, 74% des porteurs de projets sont âgés de 46 à 55 ans. 

Enfin, les hommes continuent de représenter la majorité des porteurs de projets dans la plupart des modèles et des régions, avec des déséquilibres nettement plus importants entre les hommes et les femmes dans les modèles basés sur l’investissement. 

Profil des investisseurs

Les investisseurs, tels que définis dans le rapport, sont « les fournisseurs de ressources financières en réponse à une campagne de crowdfunding ». Les 3,6 millions d’investisseurs enregistrés sur les plateformes étudiées donnent un aperçu représentatif de la portée du crowdfunding en Europe : ils représentent actuellement environ 0,5 % de la population européenne totale. Cette donnée indique également qu’il reste encore une large place pour la croissance. 

La détention d’un agrément ou non a une influence sur le nombre d’investisseurs dont disposent les plateformes : les institutions non agréées rassemblent en moyenne 28 500 investisseurs, tandis que les plateformes ayant une licence en ont en moyenne 9 000. Cette différence correspond à l’intégration rigoureuse des investisseurs dans les modèles d’investissement – qui nécessitent une licence – par rapport à l’intégration moins exigeante des investisseurs et des donateurs sur les plateformes de don, qui n’ont pas systématiquement besoin d’agréments spéciaux. Cependant, il semble que la collaboration avec les institutions financières traditionnelles n’offre pas d’avantages clairs pour attirer plus d’investisseurs. Enfin, dans les marchés où le public est bien informé sur le crowdfunding, les plateformes parviennent à attirer un plus grand nombre d’investisseurs vers les campagnes qu’elles publient. En effet, lorsque l’opinion publique est bien informée, les plateformes déclarent environ 10 100 investisseurs, et a contrario, dans les pays où le public est moins bien renseigné, les plateformes affirment rassembler un peu moins de 4 000 investisseurs. 

Le profil des investisseurs en Europe de l’Ouest diffère selon le modèle de la plateforme : dans les modèles basés sur l’investissement, 63 % des investisseurs sont âgés de 46 ans ou plus. Pour les plateformes faisant du prêt, la proportion est sensiblement similaire. Enfin, pour les modèles de don, la part des investisseurs âgés de plus de 46 ans représente également la majorité mais reste inférieure aux deux autres modèles. Les hommes sont également bien plus nombreux que les femmes à investir. Cette tendance est cohérente avec la recherche démontrant que les femmes présentent plus d’aversion au risque, sont moins confiantes dans leur prise de décision financière que les hommes, et qu’elles gagnent souvent moins que les hommes dans la plupart des catégories d’emploi, impliquant donc un revenu disponible inférieur à celui des hommes. 

La part d’investisseurs provenant de marchés nationaux plutôt qu’internationaux varie selon le modèle et la région. À titre d’exemple, pour l’investissement en capital, les plateformes d’Europe de l’Ouest, du Nord et du Sud font état d’1 à 7 % d’investisseurs internationaux, contre 38,5 % en Europe de l’Est. Cependant, quels que soient le modèle et la région, la majorité des investisseurs internationaux proviennent de pays européens ou de pays voisins, et très rarement de pays non européens.

Préférence et usage de la technologie

Seule une faible proportion de plateformes – tous modèles confondus – utilisent ou comptent utiliser la blockchain. Les plateformes en investissement en capital sont les plus nombreuses à l’adopter, la tokenisation des actifs étant l’utilisation la plus populaire.